Droits politiques : La parité toujours à rude épreuve en RD Congo

Vos Droits et Comment faire entendre votre voix, Publié : Le 090647 à 15:6:43

Le Président Joseph Kabila a signé dernièrement une ordonnance portant nomination de nouveaux administrateurs des territoires et leurs assistants. Au terme de cette décision, trois responsables ont été nommés à la tête de chaque entité territoriale décentralisée. Chaque Administrateur titulaire, est secondé par deux assistants. L’un en charge des questions politiques et administratives. L’autre s’occupe des aspects économiques, financiers et de développement.
Sur les 15 derniers territoires concernés, 171 personnes nommées dont à peine 14 femmes, soit près de 11 %. Cette situation n’est pas différente de ce qui se passe dans plusieurs gouvernements qui se sont succédés ces dernières années en RDC notamment celui de Samy Badibanga mis en place à la suite du dialogue de la cité de l’Union Africaine en 2016 avec neuf femmes sur 68 membres, soit 12%. La question que l’on se pose est celle de savoir pourquoi cette situation persiste-t-elle en RDC ? Est –ce que le chef de l’Etat n’avait pas en face de lui des listes comprenant suffisamment des femmes ? Ou a –t-il fait fi des lois que lui-même a promulguées surtout en ce qui concerne la parité. En effet, Le principe de la parité homme-femme est reconnu à l'article 14 de la Constitution en ces termes : « l'État garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme ». Cette disposition est une norme d'organisation qui oblige l'État à veiller sur la mise en œuvre de la parité homme-femme. L’interprétation de ce principe doit tenir compte d’une autre disposition du même article 14 qui dit que la femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. A l’issue des élections législatives de 2006, on a noté que 8,4% représentant la proportion des femmes à l’Assemblée nationale et 4,6% de femmes au sénat. En 2011, seules les élections présidentielles et législatives ont été organisées. 9,73 % de femmes ont été élues députées nationales et l’électorat féminin a connu une baisse avec 49,9% d’enrôlées. Le constat est que les résultats des femmes ont été très faibles.
Marie-Madeleine Kalala, ministre honoraire et activiste des droits humains, définit la parité comme: « Une égalité parfaite entre l’homme et la femme dans la représentation au sein des organes de prise de décisions tant aux niveaux national, provincial que local ». La concrétisation de la parité veut que dans toutes les institutions publiques aussi bien nationales, provinciales que locales, on ait une représentation égale des hommes et des femmes. Elle implique un même nombre de candidats et candidates et même nombre d’élus et d’élues.

Comme on peut le remarquer, la mise en œuvre de la parité est une tâche ardue et complexe. Elle exige une réflexion rigoureuse sur le contenu juridique réel à conférer à ce principe. En tant qu’égalité arithmétique et parfaite, la parité doit respecter l’égalité juridique des sexes qui se veut une égalité de chances, d’un côté, et le droit de vote du corps électoral congolais, de l’autre. Les principes d’égalité et de non-discrimination figurent aussi bien dans la Constitution que dans les instruments internationaux auxquels le Congo est partie prenante.

Participation politique des femmes
La lutte pour la participation des femmes en politique est l’un des principaux objectifs du mouvement international et national des femmes. L’égalité des droits entre les sexes en politique et dans la vie publique est fixée par l’article 7 de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979 . L’article 8 stipule la participation des femmes à l’échelon international et aux travaux des organisations internationales.
Si presque toutes les femmes à travers le monde disposent du droit de vote et du droit d’être élue, le taux de femmes dans les institutions politiques ou dans les organes décisionnels reste encore aujourd’hui très bas.
La commission des Nations Unies chargée de contrôler la mise en œuvre de la convention sur les femmes de 1979 précise dans sa recommandation générale portant le numéro 23 que le concept de démocratie n’aura d'effet durable que lorsque les décisions politiques seront prises à la fois par les femmes et par les hommes, et tiendront compte de façon égale des intérêts des unes et des autres.
Il est regrettable de constater une avancée lente, dans la mise en œuvre de la parité. En effet, dans le gouvernement congolais, jamais une femme n’a occupé un ministère de grande envergure comme, celui des finances, budgets, affaires étrangères, défense et autres. Elles sont reléguées aux ministères qui prolongent leur rôle au foyer tels du Genre, affaires sociales et autres droits humains.
Il existe, en RDC, des inégalités persistantes en matière de participation des femmes aux espaces de prise des décisions. Il est temps que les femmes renforcent leurs stratégies pour réclamer et obtenir les droits que leur confère la constitution et que le chef de l’Etat, garant de la constitution respecte les textes qu’il a lui même signé et ratifié.

Par Francine Umbalo/UCOFEM




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